Je me dévoile…

1er avril 2016:

Déprime. Découragement. Déception. Tristesse. Honte.

C’est ce que je ressens depuis ce matin. Et je ne me suis pas sentie aussi mal depuis longtemps… Je savais ce qui m’attendait, mais je ne pensais pas réagir aussi fortement. Dans la vie, dans une même situation, les gens vont la vivre de multiples façons. C’est ce qui fait notre diversité. C’est ce qui fait de nous des humains.

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous partager une lettre que j’ai écrite à moi-même, quand tout a commencé… Quand ma vie était que de noir et de gris. Je veux me rappeler qu’à partir du mois de novembre 2015, je ne voyais aucune lumière au bout du tunnel. Puis que depuis quelques mois, j’ai repris plaisir à la vie.

Mon but est de m’éloigner à tout prix des sentiments vécus par cette moi, l’auteure de cette lettre… Je veux m’en détacher. Et pour mieux oublier et avancer, il faut en premier s’en rappeler…

Chers futurs étudiants en enseignement,

Il est quatre heures du matin, et j’ai décidé de vous rédiger cette lettre, moi, enseignante au préscolaire à Montréal depuis plusieurs années. Cette lettre… Si quelqu’un me l’avait lue il y a longtemps, je serais probablement en train de dormir paisiblement en ce moment.

Vous, futurs étudiants, vous n’ignorez pas que le monde de l’éducation souffre au Québec. Les enseignants sont en grève, car l’école est à bout de bras.

Tout de même, vous rêvez toujours d’étudier en enseignement malgré les conditions actuelles? Je vous admire, car oui, ce métier est une vocation, mais il est extrêmement ardu.

Vous êtes prêts à étudier quatre ans sur les bancs d’université afin d’exercer ce beau métier? Vous savez que les cas d’élèves sont exigeants et que les services sont réduits à leur minimum? Vous êtes conscients que les vacances scolaires ne sont pas un bonus, mais bien un must pour refaire ses réserves d’énergie pour l’année suivante? Alors vous vous sentez sûrement d’attaque pour entrer dans le merveilleux monde de l’éducation! Vous possédez le plus important: la passion!

Erreur! Vous vous trompez. Je le sais, j’étais comme vous.

Avant de vous lancez corps et âmes dans cette formation, assurez-vous de posséder ce qui suit: une santé de fer, zéro vie sociale (mais tout de même une personnalité extrovertie), un excellent médecin de famille et un entourage aimant.

Vous avez tout ça? Tant mieux! Vous décidez de vous inscrire? D’accord. Quand viendra le temps de choisir votre école où vous obtiendrez votre permanence (5 à 10 longues années à Montréal), apprenez-en le plus possible sur cette école ou vous regretterez votre décision. Comment sont les collègues? Comment est la direction? Si vos personnalités sont identiques, vous avez une chance d’y survivre! Par malheur, vous êtes différents, vous n’êtes pas un mouton? Bon, il reste un brin d’espoir. Si vous êtes capables d’être hypocrites et de lécher les bottes des autres sans relâche tout le long de votre carrière, de toujours dire oui et de ne jamais dire non, de suer à force de vouloir constamment plaire aux autres… Bienvenue dans le monde de l’éducation!

Malheureusement, personne ne m’a lu cette lettre avant que je fasse mon choix de carrière. J’étais une enseignante passionnée adorant les enfants, qui voulait former les citoyens de demain et transmettre ses connaissances. J’ai vécu des journées épuisantes, j’ai pleuré à quelques reprises, mais j’ai toujours tenu le coup. Par passion. Toutefois, aujourd’hui, je suis une enseignante en arrêt de travail qui pleure tous les jours depuis la rentrée, qui se médicamente, qui consulte le psychologue hebdomadairement et qui ne voit pas la lumière au bout du tunnel. Comment en suis-je arrivée là? Je ne suis pas la seule au Québec. Même en France, les enseignants sont surmenés; en burn-out. Tout le monde le sait (apparemment non, mais j’y reviens plus bas avec mon anecdote du médecin).

Nous, les enseignants, nous avons deux banques de congés. Six jours renouvelables chaque année scolaire, et six jours non renouvelables pour toute une carrière. Vous tombez malades? Vous êtes épuisés? Vous attrapez les microbes des enfants chaque année? Les congés dans vos banques seront vite terminés. Puis ensuite, que faire? Prendre congé à vos frais! Aller travailler sans une once d’énergie! Oui, et cela va vous miner à la longue.

Vous aimez sortir le soir et la fin de semaine, chers futurs étudiants? Oubliez ça tout de suite! Les mots planifications, appels, rencontres et corrections seront sur toutes les pages de votre agenda. Matin, midi, soir, et fin de semaine, point final. De toute façon, la fatigue vous empêchera de vous adonner à quelconques hobbies.

Ah, l’extroversion. Nous aurons beau clamé haut et fort qu’au Québec, TOUS les gens sont ouverts, mais nous avons tort. On dit qu’on vous aime, peu importe votre couleur, votre orientation sexuelle, votre religion? C’est vrai, pour une grande partie de la population (fort heureusement). Par contre, chers futurs étudiants, ne prenez pas de chance : si vous êtes introvertis, abandonnez immédiatement l’idée de devenir enseignants.

Est-ce surprenant? Oui, car les enseignants ne sont-ils pas sensés être plein de bonté et d’ouverture d’esprit afin de travailler dans nos classes multiculturelles? Vous serez surpris de connaître le nombre d’enseignants qui vous rejettent si votre personnalité diffère de la leur. Bref, vous n’appréciez pas les conversations sur la météo? Vous ne fréquentez pas le salon du personnel bondé de gens qui rient, sacrent et crient haut et fort? Vous ne lancez pas des blagues à tout bout de champ? Toutefois, vous saluez les autres, vous leur souriez, vous les abordez de temps en temps, vous leur rendez même service par moment? Ça ne les empêchera pas d’imaginer que vous êtes rudes, que vous détestez le genre humain et que vous êtes bizarres. Que vous êtes ennuyants, que vous êtes solitaires, que vous êtes même muets. Surtout, ils vont se demander : pourquoi ne deviennent-ils pas extrovertis tout simplement? Si la chance est de votre côté, vous aurez des collègues neutres. Il y aura même de rares perles qui vous aimeront pour qui vous êtes, vous saurez que vous avez gagné le gros lot! Par contre, si le malheur s’abat sur vous, vous allez devoir affrontez les regards méprisants, entendre des ragots à votre sujet et vous n’aurez même pas l’aide auquel vous avez droit de la part de la direction, sauf bien sûr, si vous êtes les meilleurs amis du monde. Il y en aura même qui feront exprès de vous mettre des bâtons dans les roues : mensonges, regards moqueurs de la tête au pied… Étonnant entre adultes non? Pourtant, ces mêmes adultes oublient que leur petit élève sage comme une image, qu’ils aiment tant avoir dans leur classe surmenée, grandit et deviendra adulte. Mais une fois adulte, les enseignants ne les aiment plus.

Donc, avec toutes conditions réunies, vous vous écroulez, car n’oubliez pas, vous aurez des cas qui exploseront tel des bombes dans votre classe. Des chaises qui revolent, des feuilles de travail froissées et lancées sur vous, en même temps que les crayons et les ciseaux. Ces cas vont hurler, crier dans vos oreilles. Ils vont monter sur les tables ou se cacher en dessous. Vous claquer la porte au nez et tenter de vous faire des jambettes. Ils vont vous insulter sans relâche. Ils vont même vous taper à quelques reprises. Sans oublier les coups portés sur les autres enfants! Ils mordent, griffent, crachent. Ils s’enfuient de votre classe en courant et en effrayant les autres enfants. Vous serez témoin des sursauts de vos autres élèves, chaque fois que vos cas exploseront. Ça va vous fendre le coeur. Vous-même, vous allez sursauter. 5 jours sur 7, de 9h à 15h, 10 mois sur 12, sans arrêt. Les parents ne font rien (merci aux rares parents qui collaborent) et l’école vous dira que ce ne sont que des enfants. Vous allez alors apercevoir les visages de vos cas dans vos rêves, dans vos temps libres. (Quels temps libres?) Les collègues vous jugeront : vous êtes incapables. Vous ne méritez pas leur aide, vous êtes différents, rappelez-vous. Donc, au lieu de trouvez des moyens pour vous aider, ils vont parler de votre comportement d’introverti.

Alors vous endurez… Jusqu’au jour où vous pensez sans cesse à la mort comme étant la seule solution, à vous enfuir, loin, très loin, pour vous faire oublier. Vous n’êtes pas suicidaires, vous le savez, mais ces pensées vous soulagent. Des moments de répits. Puis, vous savez que ça ne peut plus continuer, vous prenez donc votre courage à deux mains et visitez votre médecin de famille avec votre SOS déchirant.

Votre médecin est-il compréhensif? Empathique? Connaît-il le milieu scolaire québécois? Vous avez répondu non à une de ces questions? Attendez-vous à pleurer encore plus en sortant de son bureau.

Vous lisez son incompréhension dans son regard : pourquoi êtes-vous déprimés? Vous aurez beau lui expliquer les raisons de votre état, un enseignant en burn-out, il n’en a jamais entendu parlé. Il vous donnera un arrêt de travail et une prescription. Pendant ce temps, vous continuez à angoisser malgré tous vos efforts. C’est normal, car selon le psychologue, vous souffrez d’un trouble anxieux post-traumatique. Vous retournez donc voir votre médecin de famille. Vous êtes en larmes, il semble surpris de vous revoir. Il vous dit que votre état est anormal, car après deux semaines, vous êtes supposés être en pleine forme pour retourner dans votre milieu (où les conditions restent inchangées). D’ailleurs, il rajoute : « Mais en plus, au préscolaire, il y a plein d’adultes dans le local non? Il y a plein de gens pour vous relayer! De quoi vous plaignez-vous? ». Ah oui, et surtout, il n’oubliera certainement pas de vous regarder de son oeil dubitatif tout le long de votre consultation. Alors, vous quittez la clinique, et vous vous sentez encore plus incompétents et incompris. Un sentiment de honte et de détresse vous envahira.

C’est pour cela que je vous demande, chers futurs étudiants. Avez-vous des gens patients qui vous appuient? Des épaules sur lesquelles pleurer? Des oreilles qui vont vous écouter sans aucun jugement?

Je termine cette lettre en vous demandant, chers amis, de bien réfléchir avant de choisir, car une réorientation, une des seules solutions à votre mal de vivre, ça demande du guts. Du temps, de l’énergie, du courage et un compte en banque bien rempli si vous ne voulez pas vous endettez. (Une deuxième fois peut-être!)

Ceci est un portrait bien plus juste de cette triste réalité qu’est notre joyeux monde de l’éducation. Je tenais absolument à vous le partager par le biais de cette lettre ouverte.

Bonne réflexion.

Je me relis, et je me revois l’automne passé. Je ressens toute la douleur et le désespoir vécus derrière cette lettre. Je suis encore d’accord avec quelques-unes des affirmations, d’autres moins. Par contre, je sais que la vie est belle. Mais il y a des journées où on doit s’en souvenir, comme aujourd’hui, 1er avril 2016. D’où le but de ce blog… Je vous laisse donc sur cette photo qui me remémore que la nature est majestueuse, et surtout, thérapeutique… Puis je vais aller prendre une bouffée d’air frais… Allez, bonne journée! 🙂

DSC_4325

– Mylie C.

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